Écoutez-nous

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Souvent, je me rends compte qu’il y a une certaine compétition dans les diagnostics. Pas une compétition malsaine, une compétition humaine.

Je me rends compte que même si je ne veux pas rentrer dans cette game, sans le vouloir, j’y entre tout naturellement. Comme si sans le vouloir, j’acceptais cette barbarie. Souvent, lorsque je dis qu’Antoine est autiste, il y a toujours quelqu’un pour dire : « Oui, mais il est léger ton garçon. »

Désolée de t’apprendre cela mais premièrement, c’est ne pas connaître l’autisme de parler de légèreté. Deuxièmement, l’autisme ne vient pas systématiquement avec une déficience intellectuelle ou une incapacité de verbaliser.

Les gens voient l’autisme comme un humain dans son monde bien à lui avec aucune notion de la vie. Alors je pars dans mon jargon comme pour m’expliquer, c’est comme si je livrais chaque fois mon propre procès. Je livre bataille pour défendre ma fatigue, pour défendre ma vision, pour défendre le fait que oui, je trouve ça dur.

Chaque enfant autiste a un autisme différent, ce n’est pas la même chose pour personne. Et pourtant, je livre mon discours habituel. Je vois le jugement, la difficulté des gens à comprendre que c’est difficile, même si mon fils n’a pas de déficience, même s’il parle et même s’il n’aligne pas continuellement ses jouets dans sa bulle.

Alors là, je parle de compétition malsaine. Je veux que les gens comprennent que déjà, avoir un enfant est difficile. Si cet enfant présente des difficultés, on ajoute à ça de l’incompréhension, de la colère et de la fatigue.

Quelqu’un qui a un enfant hautement handicapé peut trouver ça moins fatiguant qu’un autre dont l’enfant aurait un diagnostic dit plus « léger ».

Notre niveau de fatigue n’a aucunement rapport avec le niveau de difficultés de notre enfant. Chaque parent à sa propre façon de gérer ses émotions, ses réactions et ses façons de voir les choses.

Donc s’il-vous-plaît, la prochaine fois qu’un parent d’enfant à défis vous fera assez confiance pour se confier à vous, n’essayez pas dédramatiser la chose.

On le sait qu’il vieillira, on le sait qu’il y a des choses, que sûrement la vie et la maturité de l’enfant finiront par l’aider dans son cheminement, on le sait.

Mais pour l’instant, pour le moment, on a le droit de trouver ça dur. Ne vous inquiétez, pas on est rendu assez fort pour ne pas rester dans cette négativité, mais on se donne parfois le droit de se l’avouer, ce n’était pas la vie qu’on aurait choisie.

Même si on adore nos enfants, même si leurs difficultés font d’eux la personne que nous aimons le plus au monde. OUI je dis OUI, donnons-nous le droit de parfois nous apitoyer sur notre sort.

Que oui la vie c’est ça, remplie de défis, mais que oui, on a tous un jour, après une journée d’enfer, levé les yeux au ciel et demandé : « Mais qu’avons-nous fait pour mériter ça??? »

Oui ça nous arrive, alors au lieu de nous dire qu’on est donc fort, que tout finira par s’arranger, de minimaliser le tout, écoutez-nous. On en a de besoin parfois que quelqu’un nous écoute, sans jugement, sans réflexion et avec amour.

Parce que nous aussi parfois on aimerait ça que quelqu’un nous dise : « Tu sais, tu as le droit de trouver ça difficile. »

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.